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Come Back to Africa : Zulu de Caryl Férey

Une Afrique du Sud aux multiples facettes :

Que connait-on exactement de l’Afrique du Sud ? Mise à part le fait bien sur que la Coupe du Monde 2010 se jouera las bas et que beaucoup d’entre nous suivront de près leurs équipes préférées s’affronter . Mais la question reste posée néanmoins : Que sait-on du pays de Mandela ? Pas grand-chose en fait ou alors si quelques éléments comme : première démocratie en Afrique, en post apartheid, a connu un leader et pas n’importe lequel : Nelson Mandela ..

Cape Town : au cœur de l’intrigue

Cela reste mince tout de même et je dois dire que j’ignorais totalement ce qui se vivait dans ce pays avant d’avoir eu la chance de dévorer «  Zulu «  de Caryl Férey .  Dans ce roman, ce thrilleur à l’aspect plus que sombre, l’intrigue ne se déroule pas dans Johannesburg mais bien dans Cap Town : une ville aux multiples facettes. Car si vous êtes touristes et  si vous vous laisser entrainé par les jolis guides  alors vous ne saurez rien de Cap Town . Vous ne verrez rien de cette ville. Ou plutôt si , vous verrez ses beaux quartiers, ses magnifiques paysages , ses belles villas où les plus riches s’installent . Mais si vous vous contentez de cela, vous passerez à coté de la dure réalité qu’elle connait.

Vous passerez  aussi à coté de ce qui caractérise  Cap Town : ses townships :les banlieues ou s’entassent une population noire , pauvre et misérable. Car c’est aussi ça l’Afrique du Sud ! . Le lecteur découvre alors les « tsotsis» (les gangsters des townships)  les trafics de drogues, les « shebeenn » : des bars clandestins. Il découvre aussi Khayelitsha : un endroit ou les jeunes vont dealer à peine sorti du ventre de leurs mères.

Les Townships de Cape Town : Khayelitsha

Une intrigue aux couleurs africaines :

C’est alors qu’un premier corps est retrouvé. Une jeune blanche, une afrikaner comme on le dit si bien. On suit alors trois personnages de la section criminelle de Cap Town . Trois personnages aussi différents les uns que les autres. A chacun son histoire, ses blessures, ses espoirs peut être. Il y’a d’abord Neuman : le chef de la section criminelle d’origine zulu, Epkeen un quadragénaire s’accrochant toujours à la vie et Fletcher un flic courageux, parfois quelque peu effrayé par les réalités du terrain.  Cette jeune femme (pas n’importe laquelle qui n’est autre que la fille d’un ancien champion de rugby)  est donc retrouvée morte, droguée par une substance encore inconnue, et s’est fait même peut être  faite violée.

Commence alors une enquête policière où les questions ne cesseront d’être posées : comme une jeune fille à l’allure si tranquille a pu s’être retrouvée là violée et droguée ? D’où provient cette drogue ? Qui la vend ou pis encore qui la fabrique ? Au fil des pages on se demande même si ce meurtre est lié aux délinquants des townships ou à des autorités plus influentes, mû uniquement par des intérêts économiques et financiers. Alors forcément vous vous dites : scénario classique, thrilleur avec meurtre etc… Pas tout à fait vous dirai-je car si à priori Zulu est un roman policier, il intègre néanmoins une série d’informations décrivant aussi bien un contexte politique  » La passivité du gouvernement face à l’insécurité chronique était clairement mise en cause : l’argument crime= pauvreté +chômage ne tenait plus. Contrairement à ce qu’avait annoncé le président, le crime n’était pas sous contrôle (…). L’enjeu aujourd’hui était tout autre : comment la première démocratie d’Afrique pouvait être le  pays le plus dangereux au monde ?  » , «  La nouvelle Afrique du Sud devait réussir là où l’apartheid avait échoué : la violence n’était pas africaine mais inhérente à la condition humaine (…) il fallait connaître un système de l’intérieur avant de le critique et pourquoi pas le réformer «  que sociologique « A l’instar de la violence , Afrique du Sud était ravagée par le HIV. Vingt pour cent de la population porteuse du virus, une femme sur trois… «  et même économique  » Économiquement , le manque à gagner était énorme – on parlait de cent vingt-cinq milles emplois créés avec une réduction de 50% des homicides- et le pays qui à l’heure de la mondialisation connaissait la plus forte croissance de son histoire , avait besoin d’investisseurs étrangers »

Une Afrique toujours en proie à des violences inter-ethniques :

Mais le lecteur de  Zulu est surtout happé par l’écriture de Caryl Férey, celle-ci est fluide, précise, concise s’employant à utiliser les mots les plus justes. Ce dernier alterne remarquablement bien intrigue et références aux contextes économiques, politiques  et sociologiques de l’Afrique du Sud. On suit de près les aventures de ces trois héros qui avant d’être flics sont d’abord et avant tout des amis. Leur enquête les entraine bientôt vers d’autres pistes et d’autres acteurs : comme cette danseuse zoulou, ancienne membre et activiste de l’Inkatha (parti des noirs, anti apartheid) ou encore ce jeune des townships retrouvé drogué de la même façon que la première victime. L’enquête bat son plein et l’équipe découvre alors une deuxième femme  : violée, battue droguée . Le scénario orignal est relancé.

Violences inter-ethniques

Très vite, les voilà qu’ils se retrouvent errants sur les plages de Muizemberg à la recherche de dealers : probablement ceux de la fameuse substance. Mais ils déchantent vite et Neuman qui implique ses deux co-équipiers ne sait pas encore à quoi il se heurte réellement.  Neuman et ses amis parviennent  à trouver les coupables mais  font face à de nouvelles difficultés. Ainsi , ceux qu’ils croient combattre sont loin d’être ces dealers misérables  des Townships mais plutôt des personnes placées aux plus hautes sphères politiques et régnants sur des industries multinationales. Le lecteur est impliqué dans chaque détail et chaque avancée de l’intrigue. Il est en de même pour les personnages ou chaque parcelle de leur psychologie est finement décrite nous les révélant à la fois forts, fragiles, et profondément humains.

Fort, puissant, effrayant, haletant , et surtout profondément humain : Un vrai coup de cœur !

Oui car c’est exactement de cela que Zulu traite et  ce au-delà même d’une simple fiction policière : de l’humanité, de ses travers, de la violence qu’elle connait, du ségrégationnisme qui reste toujours présent,  des crimes inter-ethniques .

Zulu c’est aussi une langue élégante décrivant les pires horreurs. Vous ne sortirez pas tout à fait indemne de cette lecture : le cœur battant lors de certaines scènes, les cheveux dressés pour d’autres. Le tout est haletant et parfois même effrayant. La sauce de C. Férey prend bien et nous voilà donc embarqués dans un autre monde à des milliers de kilomètres de chez nous. Zulu c’est aussi une leçon d’histoire, une introduction à celle de l’Afrique du Sud et à ses fantômes du passé qui n’ont pas tout à fait disparus et qui la hantent toujours.

Ce livre a reçu de nombreuses récompenses comme le grand prix de littérature policière 2009 ou encore le Grand prix des lecteurs de Elle 2009. Qu’on ne se méprenne pas : des prix ne font pas la qualité et le talent de l’auteur, mais il est clair que désormais je ne peux que comprendre et approuver le choix de ces jurys.

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